Damien Duriez | Design - Bordeaux

Entre-vue(s)


Inspirés des écrits de Jacob Burckardt, Alain Roger et Kasuo Shinohara sur les thèmes du parcours urbain, de la limite, de la perception et de la dualité, sans toutefois les citer, les essais cinématographique et textuel produits abordent ceux de la traversée, de l’entre-deux (non-lieu), du croisement, de la multiplicité des paysages urbains (hétérotopie) et des singularités sensorielles qui en émanent.

Le personnage principal du court-métrage est un homme dont on ne connait pas le nom, la trentaine, au sortir d’un rapport amoureux difficile. Il pense à Marie, son ex-petite amie, partie au Japon poursuivre sa carrière de peintre.

Le court-métrage se construit sur deux niveaux, deux temporalités, deux dimensions superposées : d’abord une voix off, celle de l’homme, qui narre un passé commun aux deux protagonistes, notamment leur rencontre, ainsi que le départ définitif de Marie, qu’il ne reverra pas. Puis des scènes filmées, dans lesquelles on peut voir les deux protagonistes évoluer dans un quotidien amoureux au Japon, imaginaire, car il s’agit véritablement d’une affabulation vécue par le personnage principal, un présent inexistant, une fiction montée de toutes pièces, ancrée dans une réalité qui ne peut être, finalement, que celle du cinéma.


Le parti pris filmique est de rendre compte de l’environnement traversé par le personnage tout en faisant acte de sa présence-absence, de sa décorporation. Il est question de montrer comment un individu blessé sentimentalement parvient, souvent inconsciemment, à se retrouver tout à fait ailleurs (ici à Tokyo, accompagné de Marie), les yeux ouverts, et à s’imaginer traverser des espaces urbains dans lesquels il n’est pas, tout en traversant ceux dans lesquels il se trouve (ici Bordeaux, seul).

Il s’agira donc de mettre en œuvre un double cadre spatio-temporel, à la fois donné comme réel et fictif (celui de leur rencontre à Bordeaux et celui de la rêverie de l’homme au Japon), qui parvienne à faire passer au spectateur cette sensation d’abstraction de l’esprit qu’il connait bien.

On cherche un style frémissant, glacé, distingué, écorché, décalé, au charme d’autant plus douloureux qu’il s’infiltre au milieu de plans d’une beauté aux nuances subtiles imprimé de l’architecture japonaise. Il y a un chatoiement, avec des vues de rues, de chambres d’hôtel, de couloirs, de vitrines de restaurants de ramen, de silhouettes, d’eau, beaucoup d’eau, calme, ridée, salée, sucrée, tout un ondoiement de sensations ; on donne à voir un monde d’illusion flottant qui forme un piège comme les nuages au-dessus du Mont Fuji. Ce monde cache, sous ses nappes lumineuses, douleurs, coups de foudre, panique, attentes, fébrilité. Étroit, austère, habité, serti dans une simplicité esthétique qui étonne.

Le scénario et les ambiances sont librement inspirés des romans Fuir et Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint ; des films Lost in translation de Sofia Coppola, In the mood for love de Wong Kar-Wai, Shutter Island de Martin Scorsese, American Psycho de Mary Harron, Her de Spike Jonze et Fight Club de David Fincher.


Projet réalisé en 2016.

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